Comment l’isolation a (trop) simplifié la thermique du bâtiment ?...

@ClementGaill
Clément Gaillard, PhD@ClementGaill
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Comment l’isolation a (trop) simplifié la thermique du bâtiment ?

J'ai lu énormément de choses plus ou moins vraies sur l'isolation thermique ces dernières semaines et j'ai voulu faire une petite mise au point historique.

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Commençons par la base.

Quelle est la fonction de l'isolation thermique ?
Le but d'un matériau isolant dans un bâtiment est de réduire le passage de la chaleur à travers la paroi.

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Pour donner une analogie, imaginez que vous essayez de remplir d'eau une passoire.

Si vous laissez les trous ouverts, l'eau part très vite et la passoire se vide immédiatement. Plus vous bouchez les trous, plus la passoire pourra être remplie longtemps.

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Dans cette analogie, l'eau illustre le chauffage (ou le rafraîchissement), la passoire illustre le bâtiment et le fait de boucher les trous illustre le rôle de l'isolation thermique.

Maintenant, vous comprenez pourquoi on utilise l'expression de « passoire thermique ».

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L'isolation thermique a donc principalement pour fonction de réduire le flux de chaleur.

Cela permet entre autres à un bâtiment de monter ou de descendre plus lentement en température (selon que l'on souhaite chauffer ou rafraîchir).

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Historiquement, il faut bien comprendre que l'idée de mettre des matériaux exclusivement isolants dans les bâtiments est récente.

On trouve très peu d'exemples de bâtiments traditionnels avec une couche isolante permanente dissociée de la structure.

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Si l'on prend un mas traditionnel provençal du XIXe siècle par exemple, les murs en pierre de 60 cm d'épaisseur n'ont pas qu'une fonction d'isolation thermique.

Ils ont aussi une fonction de support, de clôture, etc.

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Il existe en revanche des exemples de corrections thermiques mobiles dans le bâti ancien.

Les tapis ou les tentures étaient utilisés pour corriger l'inconfort produit par les matériaux lourds.

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@ClementGaill
Clément Gaillard, PhD@ClementGaill
Qui s’occupait de l’isolation thermique au Moyen Âge ?

Avant les poêles fermés et les isolants modernes, un métier aujourd’hui disparu jouait un rôle essentiel pour affronter le #froid et les hivers…

UN FIL 1/8
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Il existe quelques rares exemples d’utilisation de paille pour isoler des glacières qui permettaient de stocker la glace avant l’invention du réfrigérateur (voir thèse de J.-P. Traisnel).

Mais cela reste un usage marginal et appliqué à un type d’ouvrage spécifique.

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Dans le bâti ancien, les matériaux des parois assurent donc plusieurs fonctions (thermique, statique, etc.).

Aujourd'hui, un mur est décomposé en un complexe de paroi et chaque élément assure une fonction (l'isolant, le mur porteur, l'étanchéité, le frein vapeur, etc.).

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Les matériaux strictement isolants sont en fait une invention relativement récente et apparaissent à la fin du XIXe siècle.

L'idée qu’il doit exister une couche isolante permanente dissociée du mur porteur date essentiellement de cette époque.

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Selon l'historien de l'architecture Kiel Moe, les matériaux isolants ont initialement été développés dans un contexte de révolution industrielle.

Les isolants minéraux industriels modernes, comme la laine de verre, se développent surtout au XXe siècle.

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Cette époque est aussi marquée par une invention majeure : la naissance de la climatisation à compression.

Ces évolutions vont participer au développement d'une nouvelle manière de concevoir les bâtiments, basée sur des performances thermiques calculables.

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Selon Kiel Moe, le développement de l'industrie frigorifique a participé à renforcer une conception de la thermique basée sur la résistance thermique.

Elle s'appuie sur la conductivité thermique, ce qui favorise les isolants dans les comparaisons entre matériaux.

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Depuis cette période, si vous regardez un matériau isolant, il est essentiellement défini par son coefficient R (pour résistance thermique), qui est calculé à partir de sa conductivité thermique.

Plus le R est élevé, plus le matériau est isolant.

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Selon ce seul critère de la résistance thermique, en régime stationnaire, 10 cm d'un isolant en laine de verre laissent passer autant de chaleur que plus de 5 mètres de béton.

C'est le genre d'image qu'on voit souvent pour promouvoir les isolants.

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Mais il n'y a rien qui vous choque ?

On comprend intuitivement que 5 mètres de béton ont des propriétés thermiques très différentes de 10 cm de laine de verre.

Et vous avez raison.

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Le calcul de la résistance thermique et l'utilisation du seul facteur R sont basés sur un régime thermique statique.

Cette approche correspond à une approximation où les températures sont supposées constantes à l’intérieur et à l’extérieur.

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Mais dans la réalité, c'est très différent : les variations journalières des températures extérieures changent tout.

Un bâtiment est soumis à un régime thermique dynamique, pas statique.

Cela fait toute la différence.

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En régime thermique dynamique, il faut prendre en compte d’autres facteurs : la conductivité, mais aussi la masse du matériau et sa capacité thermique.

Dans ce cas, un matériau massif possède une capacité de stockage thermique beaucoup plus élevée qu'un isolant léger.

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Pourquoi se focaliser sur ce seul critère de la résistance thermique qui favorise principalement les isolants ?

Parce qu'il se calcule très simplement, peut être additionné et permet de comparer facilement les matériaux entre eux.

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Dans les années 1930, des mathématiciens français comme Nessi et Nisolle avaient mis au point des calculs thermiques qui intégraient la résistance, la densité et la capacité thermique des matériaux.

Mais leurs méthodes complexes n'ont pas été retenues à l'époque.

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Il a fallu attendre les premiers ordinateurs et les simulations thermiques dynamiques (STD) pour que ces différents paramètres soient intégrés.

Mais plusieurs outils réglementaires décrivant les parois accordent encore une place importante au coefficient R.

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Aujourd'hui, la réglementation simplifiée conserve cette approche centrée sur la résistance thermique.

Dans le discours courant sur la rénovation, l'isolation thermique est parfois présentée comme un geste suffisant en lui-même.

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Si vous avez un thermos, il sera inutile en lui-même si vous ne pouvez pas mettre un liquide chaud ou froid dedans.

C'est exactement pareil avec les bâtiments.
L'isolation ne crée ni chaleur ni fraîcheur : elle limite seulement les échanges avec l'extérieur.

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Cette valorisation excessive de la résistance thermique peut conduire à sous-estimer certaines qualités du bâti ancien, dont les murs ne présentent pas forcément une résistance thermique élevée.

D'où, parfois, leur mauvais classement DPE.

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Si vous reprenez le mas provençal, que vous éliminez la masse et la capacité thermique de ses murs en pierre, vous trouvez une résistance thermique d’environ 0,20 à 0,40.

C'est comparable à environ 1 à 2 cm de laine de verre.

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Pourtant, en période de canicule, je parie que vous préférez vivre derrière 60 cm de pierre plutôt que derrière 2 cm d'isolant.

Et c’est bien normal : la capacité thermique et la densité d’un matériau sont des facteurs majeurs de contrôle de la chaleur.

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