Je reviens sur le concept de rétrocausalité, ou d’influence du...

@Philippe2244
Philippe Guillemant@Philippe2244
7 views Aug 18, 2026 ~4 min read
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Je reviens sur le concept de rétrocausalité, ou d’influence du futur sur le présent, qui me semble être encore mal compris (je m’en suis rendu compte en lisant certains commentaires et en écoutant un interview d'un ami où je suis cité).

Il convient tout d’abord de bien distinguer la rétrocausalité quantique, qui est une apparence, de la rétrocausalité macroscopique qui est une réalité.

La rétrocausalité quantique est juste une apparence parce qu’il n’y a pas de temps qui sépare un objet quantique dans le présent du même objet dans le futur. Les objets quantiques sont insensibles au temps, c’est pourquoi à leur échelle le temps peut sembler s’écouler dans deux directions opposées, ce qui est une illusion. Pour le dire simplement, un objet quantique n’est pas un objet : c’est une ligne de temps qui n’est pas encore devenue un objet évoluant dans le temps, c’est à dire dans notre réalité.

La rétrocausalité macroscopique est par contre bien réelle, même si elle n’est pas encore reconnue, faute d’usage de multiples dimensions du temps. Elle est bien réelle parce qu’il est clair (pour moi) que certains évènements futurs ont lieu, en provoquant des changements dans le futur, avant que ces changements ne se répercutent dans le présent. Mais vous ne pouvez pas concevoir cette avance de ce qui a lieu dans le futur sur ce qui arrive en conséquence dans le présent sans raisonner dans un second temps.

Tant que ceci n’est pas compris, il y aura des confusions et des débats sans fin sur la rétrocausalité, y compris chez les physiciens, et l’on ne sortira pas de l’ornière. Par exemple, il existe aujourd’hui en physique trois façons de considérer l’influence du futur sur le présent, qui sont considérées comme incompatibles et concurrentes, alors qu’elles deviennent équivalentes si l’on raisonne correctement, à partir de plusieurs lignes de temps et d’un temps supplémentaire :

(1) La rétrocausalité quantique selon feu Olivier Costa de Beauregard, reprise beaucoup plus récemment par Huw Price et son fameux zig-zag parisien.

(2) L’intrication quantique à travers le temps, démontrée dans différents contextes par des physiciens comme Antoine Suarez, Nicolas Gison et Anton Zelinger.

(3) La double fonction d’onde en provenance du passé et du futur, rigoureusement mise en évidence par Yakir Aharonov à l’aide de mesures faibles.

La première interprétation devient équivalente à la seconde lorsqu’on a compris que le futur et le présent sont simultanés et qu’il n’existe donc pas de signal en zig-zag qui s’amuse à remonter le temps pour retourner dans le futur afin de permettre au futur d’influer sur le présent. Mais tout se passe néanmoins comme si c’était le cas et l’interprétation (1) est la meilleure pour ceux qui n’arrivent pas à visualiser le changement de ligne de temps dans un autre temps.

La seconde interprétation permet de visualiser la simultanéité passé-présent-futur en faisant appel à l’intrication à travers le temps, mais il s’agit là d’un principe ésotérique (d’action à distance ou de non localité) qui le restera aussi longtemps qu’on ne le remplacera pas par un changement de ligne de temps qui s’effectue dans un autre temps. A ce sujet, il a été récemment mesuré un délai d’intrication extrêmement faible mais non nul (232 as), ce qui est beaucoup plus facile à concevoir intuitivement si l’on visualise par exemple une ligne de temps en train de changer de position dans l’espace-temps, dans un autre temps évidemment.

La troisième interprétation est la plus réaliste, si l’on considère qu’une fonction d’onde maintient plusieurs lignes de temps simultanément. L’interaction entre une fonction d’onde issue du passé et une fonction d’onde issue du futur représente alors tout simplement la façon dont une mesure faite dans le présent agit en sélectionnant une ligne de temps parmi plusieurs possibilités, en configurant ainsi à la fois le passé et le futur. Je rappelle à ce sujet qu’une possibilité qui ne va pas se réaliser peut tout de même influer sur le présent, ce qui abonde en faveur de ma thèse selon laquelle le multivers nous appartient en tant que champ de possibles.

Vous l’aurez donc compris, si toutefois j’ai réussi à être à peu près clair, la rétrocausalité ne provient ni d’un signal qui remonterait le temps, ni d’une double flèche du temps, comme dans le film Tenet, qui est impossible à comprendre et totalement contraire à la thermodynamique. La rétrocausalité, ou influence du futur sur le présent, provient de la modification des probabilités des lignes de temps dans le futur, d’où il résulte que dans le présent, nous devenons susceptibles de détecter et donc d’emprunter de nouvelles voies en conséquence.

A retenir : la rétrocausalité macroscopique reste totalement compatible avec la causalité stricte, à condition d’introduire un autre temps dans lequel il devient possible de concevoir les changements de lignes de temps.

Cela dit, il faut compter jusqu'à trois, le troisième temps étant lié à la causalité descendante, mais ceci fera l'objet d'un autre post.

Pour ceux qui veulent mieux comprendre, tout ceci est expliqué plus longuement et de façon pédagogique dans la vidéo n°4 de la série audiovisuelle 'De la connaissance à la joie", ou dans le chapitre 4 du livre du même nom qui sortira fin mars à l'occasion du congrès organisé par Jean Staune et Guy Trédaniel au Grand Rex à Paris.

Merci pour votre lecture 📷
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