Depuis hier soir j'entends partout la même chose. Dati 25 % + Bournazel 11 % + Knafo 10 %, ça fait 47 %, c'est plié. J'ai passé la soirée à modéliser ce second tour et cette addition est fausse. L'erreur de raisonnement est instructive.🧵

Elle suppose que les 92 000 électeurs de Bournazel et les 85 000 de Knafo vont intégralement devenir des voix Dati dimanche. Quiconque a étudié les matrices de transferts électoraux sait que la conversion est toujours partielle, et souvent bien plus partielle qu'on ne croit.
Avant le modèle, un rappel institutionnel. La réforme PLM de 2025 a créé un double bulletin, un pour l'arrondissement et un pour le Conseil de Paris, avec une prime de 25 % au premier du central. Le maire se joue au vote central, la carte locale ne suffit plus.

Au premier tour central, Grégoire fait 309 693 voix soit 37,98 %, Dati 207 613 soit 25,46 %, Chikirou 95 551, Bournazel 92 448, Knafo 84 809. L'avance de Grégoire sur Dati est de 102 080 voix. C'est le point de départ de tout ce qui suit.

Ce 38 % a été sous-estimé par tous les instituts. Il a été obtenu avec une coalition PS-PCF-Écologistes soudée avant le vote sans aucun effet de vote utile. Ce score est un plancher solide parce qu'il reflète une coalition déjà acceptée par ses propres électeurs.
En face, Dati doit assembler après coup ce que Grégoire avait assemblé avant. Fusion avec Bournazel, ralliement sans fusion de Knafo, récupération de Mariani. Le réservoir théorique atteint 190 000 voix. La seule question qui compte : quel pourcentage se convertit réellement ?
Commençons par Bournazel, le bloc le plus important. Un électeur qui a voté Bournazel au premier tour a déjà révélé quelque chose. Il connaissait Dati, il connaissait le clivage principal, il connaissait la possibilité d'alternance, et il a quand même préféré autre chose.
Au premier tour, cet électeur a dit U(Bournazel) > U(Dati). Toute la question du second tour se joue là. Qu'est-ce qui, en 5 jours, peut suffire à renverser une préférence déjà révélée contre Dati ? Et pourquoi la réponse est : en partie seulement.
En 5jours, un entre-deux-tours produit de la coordination stratégique et des ajustements de participation. Il ne produit presque jamais de conversion profonde ni de requalification de l'image d'un candidat. Or Dati est déjà connue de 88 % des Parisiens, Bournazel de 41 %.
La fusion ne révèle donc presque rien de nouveau sur Dati aux électeurs. En langage bayésien, elle agit comme un signal tardif de faible précision sur un candidat déjà observé. Elle coordonne, elle ne transforme pas. Et les données d'image le confirment frontalement.
Elabe donne à Dati 44 % d'image positive contre 53 % de négative, soit un solde de −9. Grégoire est à 45 % de positive contre 42 % de négative, soit un solde de +3. Chez un électorat modéré très sensible à la probité et au style, ce différentiel de valence pèse lourd.
On confond trop souvent la proximité idéologique et la convertibilité électorale. L'espace politique parisien est au moins bidimensionnel. Sur l'axe régalien et fiscal, une partie du bournazélisme est effectivement plus proche de Dati que de Grégoire.
Mais il existe un deuxième axe, celui du style de gouvernement, de la conflictualité, de la modération. Et sur cet axe, une partie importante du bournazélisme est très distante de Dati. Le label "Paris Apaisé" désignait une offre de désintensification politique.
Or Dati incarne exactement l'inverse, une conflictualité plus élevée et une polarisation plus forte. Un vote Bournazel, souvent, c'était anti-Hidalgo certes, mais aussi anti-Dati dans le registre du style et de la méthode. Les deux rejets cohabitaient dans le même bulletin.
Maintenant la géographie, parce que c'est important. En utilisant les voix centristes locales comme proxy de la répartition spatiale du vote Bournazel central, on peut reconstituer la composition du bloc secteur par secteur.

Les 92 448 voix Bournazel se répartissent approximativement ainsi : 34 658 dans l'Ouest droite-compatible soit 37,5 % du bloc, 32 118 dans le Centre intellectuel soit 34,7 %, et 25 672 dans l'Est soit 27,8 %. Environ 62,5 % du bloc se situe hors du noyau dur de droite.
Prenons le 5e arr. Le centre y fait 36,04 % et la droite seulement 10,91 %. Le ratio du centre contre la droite atteint 76,8 %. C'est un signal extrêmement fort d'autonomie centriste. Mettre 80 % de report Bournazel vers Dati dans le 5e, ce serait de la fiction électorale.
À l'inverse, dans le 15e, la droite fait 41,76 % en local et le centre 11,90 %. L'environnement est massivement droite-compatible. Là, un transfert élevé vers Dati est parfaitement plausible. Mais le 15e n'est qu'une fraction de l'univers bournazéliste.
Pour formaliser cela, je construis un score continu de propension au transfert θ pour chaque secteur. Ce score combine 4 composantes. L'ancrage dans l'écosystème de droite, qui pousse vers Dati, et 3 freins qui limitent la conversion.
Premier frein, l'autonomie centriste, mesurée par le ratio du centre contre la droite locale et le niveau de diplôme. Plus le centre existe fortement contre la droite dans un secteur, plus le transfert vers Dati doit être décoté. Le 5e en est l'illustration la plus nette.
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