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Mathieu Bock-Côté
@mbockcote
À propos de Lucien Bouchard

Lucien Bouchard a été traumatisé, à bon droit, par la défaite référendaire de 1995 - qui ne le serait pas?

Il a d’ailleurs raison de rappeler qu'une défaite référendaire coute cher - celle de 1980 nous a valu la constitution de 1982, celle de 1995 nous a valu la loi C-20, qui cherche à limiter notre droit à l'autodétermination ainsi que le plan B, qui visait la délégitimation complète du nationalisme québécois et la noyade démographique de notre peuple.

Il n'est toutefois pas capable de dépasser ce traumatisme, de le transcender, et voit toujours dans le volontarisme indépendantiste la promesse d'une prochaine catastrophe.

Il faut dire aussi qu'il s'opposait à la tenue du deuxième référendum décidé par Jacques Parizeau, et qu'il a tout fait ensuite pour en relativiser la portée, sans y parvenir, avant de s'investir pleinement dans la campagne référendaire, et de jouer un rôle majeur dans la quasi-victoire du Oui.

Il se veut prudent. Mais la prudence peut quelquefois virer à la peur paralysante. C’est son cas. D’autant que Bouchard ne croit pas à une prochaine victoire du Oui, qu’il souhaite pourtant, à cause de la nouvelle réalité démographique imposée par Ottawa – en d’autres mots, il est d’accord avec Jacques Parizeau à ce sujet, même s’il le dit avec plus de tact.

Il y a toutefois un problème.

Bouchard, plutôt que de mettre en garde contre le référendum, devrait surtout mettre en garde contre le mauvais sort qui attend le peuple québécois s’il demeure dans le Canada, d’autant qu’il en est convaincu lui-même.

Il pourrait dire : je crains que ce référendum ne soit un échec, mais chose certaine, s’il se tient, je ferai campagne pour le Oui, car sans l’indépendance, nous sommes condamnés à la louisianisation.

Il pourrait dire : une troisième défaite serait catastrophique, mais la mort lente, et finalement, pas si lente que ça, dans le Canada, le serait encore plus.

Il pourrait dire : je ne suis pas certain que nous l’emporterons, mais il faut tout faire pour y parvenir.

Mais non. Il préfère jouer au père fouettard, à la belle-mère bougonne, au défaitiste professionnel.

Il ne lui est pas interdit de se reprendre.

Il ne nous est pas interdit de voir dans sa mise en garde l’autre nom d’une culture de la défaite à laquelle nous ne sommes pas obligés d’adhérer.
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